J’ai écris hier la plus déchirante des lettres. C’était la porte de sortie, la falaise qu’il fallait franchir pour échapper aux monstres qui dévorent mon cerveau. Saloperie de rongeurs vous voilà
bien dupé, demain vous n’aurez plus rien à grignoter !
Le précipice était long je ne suis pas tombé dedans mais la réception au bout du tunnel n’était pas évidente. Ca valait le coup ? Ca reste à voir…
Depuis j’ai l’impression d’être un fantôme dans un manoir, une très grande maison presque sinistre comme on en voit parfois dans les parcs d’attractions. J’avance dans toutes
les pièces, je vois des multitudes de personnes différentes, ils rient, ils pleurent, se racontent des histoires qui ne sont pas drôles ou qui ne sont pas tristes ou qui ne sont pas du tout
peut être et ils font tout cela en couleur, dans la joie, le chagrin et la bonne humeur !
Moi je ne les entends pas par ce que depuis « mon saut en avant », je suis un spectre alors je vois le monde en gris, c’est bien normal. Leurs paroles me
semblent si lointaines, elles résonnent dans ma tête comme une cloche dans une église sombre et froide. Impossible de les déchiffrer c’est un code secret qu’il m’est impossible de percer et
pourtant je suis vaillant.
Mon nouveau statut m’empêche de réfléchir, j’ai le cerveau embrouillé, alors j’avance dans ce fameux manoir à l’aveuglette avec de la compote en guise de raisonnement,
forcément je me cogne dans les murs, je me prend des portes dans la figure. Il y a comme un genre de fête ou quelque chose de ce style, en tout cas j’ai l’impression que l’ensemble des
personnes autour de moi sont sous dans un état d’ivresse avancé même si je n’arrive pas à percevoir clairement leurs visages. Je n’ai pas très bien compris le but ou la raison de cette soirée
mais peut être que finalement c’est le matin et j’ai un mal fou à reconnaître la musique aussi. Décidément je ne sers à rien. Sur le sol mes orteils gelés rencontrent toute sorte de détritus, du
verre brisée, des souvenirs envolés, des bons moments terminés. Je me coupe, je saigne c’est tranchant ce genre de choses ! Qui peut bien laisser traîner ça ici ? Et puis je tombe dans
l’escalier par ce que j’ai glissé ou marché sur la peau d’un animal, rien de dramatique mais tout de même.
J’entend des gens qui crient qui veulent m’aider ou qui sont révoltés par mon comportement mais ils ne parlent pas la même langue que moi alors je me relève en les bousculant
violemment ; je reconnais que ce n’est pas très sympa mais mon cerveau est comme prisonnier d’une gigantesque toile d’araignée, impossible de s’en dépêtrer ; j’ai beau me battre, j’ai
beau couper c’est une véritable hydre qui est coincé entre mes deux oreilles ! Pourtant je sais que je n’ai pas pris de drogue particulière, c’est juste ce maudit bond par-dessus le
précipice qui me fout dans cette mélasse.
Je cherche la salle de bain, je demande à quelqu'un mais lorsqu’il me regarde il s’enfuit en hurlant de terreur, probablement par ce que j’ai les yeux d’un cadavre et
que ce n’est pas un spectacle très agréable à regarder. Pourtant malgré mes orifices oculaires ingrats, j’entend derrière moi une foule en colère qui veut absolument m’attraper, elle me poursuit
dans la maison pour me prodiguer les premiers soins, rapport à ma chute certainement ; bon sang pourquoi refusent t’ils de voir que cette histoire de palier glissant n’est
pas le véritable problème du moment ? Enfin sauf pour le truc que j’ai écrasé bien sur mais ça n’est quand même pas à moi qu’il faut s’en prendre ! Il existe des cages confortables
non ? Putain ce ne sont pas mes affaires de toute façon, si je commence à me soucier de tous les trucs rampants qui traversent les couloirs de façon aléatoire et dangereuse, je suis foutu,
je vais finir mes jours ici !
Alors je m’accroche à l’idée de la salle de bain et du loquet salvateur qui pendant un petit moment va mettre une barrière entre mon pauvre corps ensanglanté et cette
foutue bande de médecins énervés et totalement cinglés.
J’arrive dans l’endroit, c’est sale, il y a du carrelage et je claque l’épaisse porte derrière moi ; la clé est tournée me voilà en sécurité… Bien sur je ne suis pas
seul, ça serait trop facile ; il y a une nana habillée tout en noir qui est sur le trône et qui me regarde comme si elle allait me sauter dessus pour me bouffer les entrailles. Cette
drôle de plante carnivore a une peau de nacre qui attire mes sens dilués bien que je la distingue mal par ce que bordel je suis vraiment dans un mauvais délire psychotique. Je place mon crâne
sous l’eau fraîche ; la nana s’approche je crois qu’elle est à poil mais j’en suis pas certain par ce que je suis beaucoup trop occupé à regarder le sang qui coule de mon front jusque dans
le lavabo comme une cascade de montagne. C’est amusant cette couleur quand même, je me dis que si le sang était transparent on ne se rendrait même pas compte lorsqu’on meurt alors que là au moins
on peut se voir partir!
Cette couleur rouge qui me tape à l’œil, me donne envi de réagir, de me démener, de m’agiter pour sauver ce précieux fluide vital! Putain de révélation,
aujourd’hui j’ai enfin compris les peintres et les vampires !
J’entend vaguement qu’on tambourine à la porte, qu’on m’appelle avec des noms que je ne connais pas du tout et peut être même que les vibrations sonores contre la paroi
ont inspiré des mecs dans le couloir et qu’un concert démarre ou quelque chose du genre. Je ne sais pas mais il serait temps que je m’achète un dictionnaire !
Ce que je sais en revanche c’est que la langue de la fille se met à parcourir mon dos, elle remonte le long de ma colonne vertébrale, voyage dans les courbes de mes
hanches, s’égare sur mon nombril, frôle mon sexe, s’arrête un moment sur le lob de mes oreilles, puis reprend son lent et délicieux trajet dans ma nuque jusque sur ma bouche. Bordel cette fille
là a dut passer les cinq dernières années de sa vie à mater des pub Miko. Elle ne m’aide pas à remettre mes idées à l’endroit mais je crois que derrière les autres n’hurlent plus et ça me
rassure. Je me demande qui m’a enlevé mes fringues mais je me dis que ça doit avoir un rapport avec le castor ou la musaraigne que j’ai écrasé tout à l’heure dans l’escalier. De toute façon
la nuit, je fais toujours n’importe quoi ! Bref je vire rapidement la nana qui devient vraiment trop collante, gluante et tout ce qu’on veut et je retourne dans le couloir principal. Les
docteurs qui ont l’esprit tordu sont parti chercher une autre victime pour l’aider à surmonter des problèmes qu’elle n’a pas. Ca me fait rire fort et je fais encore peur à des gens,
décidément ! Un gamin se met même à pleurer et hurle et je crois comprendre qu’il braille que je suis un monstre. Je me sens soulagé et m’accorde un soupir. Pour le coup je me demande
presque pourquoi je ne me suis pas tapé cette fille amatrice d’esquimau. Dans le fond je ne suis pas un enfoiré, je n’ai pas profité de la situation ou alors je n’ai pas su, salopard ou incapable
de l’être même si bien entendu je n’ai aucun remord pour la bestiole morte sur le palier…. D’ailleurs il reste des morceaux qui me collent au pied c’est très désagréable. C’est une queue,
une queue de rat, voilà ce que c’était… Je m’essuie comme si il y avait un paillasson, tant pis pour le beau tapis de toute façon j’avais envi de vomir !
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